Le contexte : Pierre le Grand et l'essor militaire russe
Le grand empereur Pierre le Grand fut le premier à équiper la Russie de navires de guerre pour protéger ses côtes maritimes. Il instilla ensuite un esprit de conquête qui mena à la création d'une des plus grandes armées mondiales. Cette puissance militaire, tant terrestre que navale, allait jouer un rôle décisif dans les affrontements avec la France napoléonienne.
La marine russe, bien que plus jeune que ses homologues française et britannique, s'était rapidement développée au XVIIIe siècle. Les officiers russes avaient acquis une expérience précieuse lors des guerres russo-turques, où ils avaient appris à manœuvrer des flottes importantes en Méditerranée et en mer Noire.
La rupture franco-russe (1801-1804)
Les traités de paix franco-prussiens et anglo-français avaient été signés en octobre 1801 et mars 1802, mais la paix fut brève. Napoléon viola les termes en cherchant à soumettre les Pays-Bas, la Suisse et l'Italie, provoquant l'inquiétude des puissances européennes.
Les relations franco-russes s'aggravèrent en 1801 lorsque Alexandre Ier déclara vouloir "détruire la source de misère qui opprime l'humanité". L'activisme napoléonien au Moyen-Orient et en Allemagne, ainsi que l'exécution du duc d'Enghien en mars 1804, poussèrent la Russie à rompre ses relations diplomatiques avec la France en août 1804.
La coalition anti-française
En janvier 1805, la Suède rejoignit la Russie dans son opposition à Napoléon. En mars, la Russie signa un traité avec l'Angleterre pour une action commune contre la France. En juillet, l'Autriche rejoignit l'alliance anglo-russe, formant une nouvelle coalition anti-française déterminée à arrêter l'expansion napoléonienne.
Cette coalition rassemblait les principales puissances européennes contre la France, combinant les forces terrestres autrichiennes et russes avec la puissance navale britannique. La stratégie visait à encercler Napoléon par des offensives simultanées sur plusieurs fronts.
Les combats en mer Adriatique
De 1804 à 1806, la flotte russe se concentra en mer Adriatique pour défendre les îles Ioniennes. Six détachements de la mer Noire et deux escadrons de la Baltique arrivèrent dans la région, réunis sous le commandement du vice-amiral D.N. Senyavin avec une escadre impressionnante de 10 cuirassés, 5 frégates, 6 corvettes, 6 brigs et 12 canonnières.
L'île de Corfou servait de base principale aux opérations navales russes en Méditerranée. Cette position stratégique permettait de contrôler les routes maritimes entre l'Adriatique et la Méditerranée orientale, contrant l'influence navale française dans la région.
Les batailles navales de 1805
Le 9 février, le brick "Letun" combattit un navire corsaire français plus puissant dans le golfe de Prevez. Après une heure et demie de combat acharné, le corsaire se réfugia dans les eaux peu profondes, ne pouvant soutenir l'assaut russe.
Le 16 février, un détachement du capitaine-commandant Belli arriva à Castel Nuovo pour bloquer la côte et aider Cattaro et le Montenegro. Les Bokeziens et Montenegrins se soumirent à la protection russe, formant une milice de 12 000 hommes prêts à combattre les Français.
Le 13 mars, le vice-amiral Senyavin arriva à Castel Nuovo, où les Cattariens accueillirent avec jubilation leur libération de l'oppression française. Le 20 mai, Senyavin se rendit à Trieste avec trois cuirassés et la frégate "Venus" pour libérer les navires marchands russes détenus par les Autrichiens.
Face à la menace du commandant de forteresse autrichien, Senyavin répondit avec une audace remarquable : "Tirez, je verrai où vos boulets tomberont." Les navires furent libérés sans combat. Le 5 juin, les troupes russes avec l'appui des Montenegrins vainquirent les Français qui tentaient de se retirer de la Nouvelle Raguse.
Le 22 juin, les frégates "Venus" et "Avtroil" combattirent 11 shebeques et canonnières françaises près de l'embouchure de la rivière Narenta. Deux navires français furent détruits et trois capturés. Le 20 septembre, le navire "Yaroslav" contribua à repousser l'attaque du général Marmont sur Castel-Nuovo. Les Français perdirent 3 000 tués et blessés, et 1 300 prisonniers.
La campagne de 1807 et le traité de Tilsit
Le 10 février 1807, Senyavin laissa un détachement en Adriatique et navigua vers les Dardanelles avec une escadre de 9 cuirassés, 1 frégate et 1 sloop, étendant les opérations navales russes vers la Méditerranée orientale.
Le 25 juin 1807, le traité de paix et d'alliance de Tilsit fut conclu entre la Russie et la France. Ce traité marqua un tournant radical dans les relations franco-russes : la Russie forma une alliance militaire et politique contre l'Angleterre et céda Cattaro et les îles Ioniennes à la France.
Conformément aux termes de Tilsit, Senyavin quitta l'Archipel. Les navires restants en Méditerranée furent cédés à la France à un prix extrêmement bas, représentant seulement un vingt-quatrième du coût réel. Cette clause humiliante témoignait du rapport de force imposé par Napoléon après ses victoires terrestres.
Le traité de Tilsit, bien qu'imposant des concessions douloureuses à la Russie, n'était qu'un répit temporaire. Les tensions entre les deux empires resurgiraient bientôt, menant à la campagne de Russie de 1812, qui scellerait le destin de Napoléon et consacrerait la Russie comme puissance dominante du continent européen.
Questions fréquentes
Quand ont débuté les combats entre la France et la Russie ?
Les relations franco-russes se sont dégradées en 1801 sous Alexandre Ier. La Russie a rompu ses relations diplomatiques avec la France en août 1804 après l'exécution du duc d'Enghien par Napoléon.
Quel rôle a joué l'amiral Senyavin ?
Le vice-amiral Senyavin a commandé la flotte russe en Adriatique avec une escadre de 10 cuirassés, 5 frégates et de nombreux navires. Il a libéré Cattaro de l'oppression française et remporté plusieurs victoires navales.
Qu'est-ce que le traité de Tilsit ?
Le traité de Tilsit, signé le 25 juin 1807, est un traité de paix et d'alliance entre la Russie et la France. La Russie forma une alliance militaire contre l'Angleterre et céda Cattaro et les îles Ioniennes.
Qui a formé la coalition anti-française ?
En 1805, la Russie a signé un traité avec l'Angleterre, puis la Suède et l'Autriche ont rejoint l'alliance, formant une nouvelle coalition anti-française pour contrer l'expansionnisme de Napoléon.
Pourquoi la Russie combattait-elle en mer Adriatique ?
De 1804 à 1806, la flotte russe se concentra en mer Adriatique pour défendre les îles Ioniennes et Corfou, servir de base navale et contrer l'influence française dans la région méditerranéenne.