Une tradition séculaire du combat à mains nues
La tradition du combat à mains nues en Russie existe depuis des siècles. Les combats de poings étaient populaires dans les villages russes, tout comme les combats "mur à mur" pendant les fêtes traditionnelles. Ces joutes, bien que festives, forgeaient des combattants d'une endurance et d'une ténacité remarquables.
Cette culture du combat rapproché transcendait les classes sociales et les régions. Des paysans aux cosaques, chaque communauté russe entretenait des traditions martiales qui préparait ses membres à la confrontation physique. Cette préparation inconsciente, dont on retrouve l'héritage dans le Sambo, art martial russe moderne, allait s'avérer décisive sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale.
La réforme de l'entraînement avant la guerre
Au cours de la guerre de Finlande (1939-1940), les lacunes de l'entraînement au combat de l'Armée rouge avaient été découvertes. À la veille de la Grande Guerre patriotique, une réforme des forces terrestres soviétiques fut réalisée, intégrant le tir, le lancer de grenades et le combat à la baïonnette en un seul et même cours d'entraînement.
Cette approche intégrée s'avéra extrêmement utile lors des combats en milieu urbain et dans les tranchées, où la rapidité de transition entre les différentes techniques de combat faisait la différence entre la vie et la mort. Les soldats soviétiques apprenaient à combiner fluidement le tir à distance et l'engagement rapproché.
Le manuel illustratif édité par le major-général A.A. Tarasov, "Détruire l'ennemi dans le combat au corps à corps", fut envoyé à toutes les divisions. Il affirmait : "Les hordes fascistes allemandes évitent de nous rencontrer au corps à corps, car nos combattants ont montré qu'il n'y avait pas et qu'il n'y a pas d'égal à eux en matière de bravoure et de dextérité dans le combat au corps à corps."
Tactique d'assaut des fortifications ennemies
Voici la description de la tactique d'assaut des fortifications ennemies donnée par le lieutenant-général Gerasimov : "À partir d'une distance de 40-50 mètres, l'infanterie attaquante arrête de tirer afin d'atteindre les tranchées de l'ennemi en un seul coup décisif. À partir de 20-25 mètres, elle utilise des grenades à main lancées à la course. Ensuite, les soldats frappent l'ennemi à bout portant et le frappent avec de l'acier froid."
Les instructions données aux combattants étaient claires et directes : se déplacer rapidement et furtivement, jeter une grenade au loin, frapper fort avec la baïonnette et la crosse du fusil. Cette méthode d'assaut, brutale mais efficace, semait la terreur dans les rangs ennemis.
Malgré les lourdes pertes du début de la guerre, il s'avéra que l'Armée rouge possédait un avantage décisif : dans les combats au corps à corps, les soldats de la Wehrmacht étaient nettement inférieurs aux soldats soviétiques correctement entraînés.
La baïonnette et les armes improvisées
Avant la guerre, des débats existaient sur la pertinence de la baïonnette dans la guerre moderne. Mais les spécialistes militaires insistèrent pour que les cadets soient massivement formés à l'art du combat à la baïonnette. On apprenait aux miliciens à poignarder l'ennemi à la course, mais dans les tranchées, ils devaient le plus souvent utiliser une autre méthode : frapper la baïonnette dans la gorge de l'adversaire.
Les hommes de l'Armée rouge, anciens fermiers collectifs et bâtisseurs, étaient particulièrement doués pour utiliser leurs haches de charpentier. Un bon coup pouvait couper un membre ou ouvrir le crâne d'un adversaire en un rien de temps. Cette maîtrise des outils agricoles transformés en armes mortelles constituait un atout inattendu et dévastateur.
Victor Leonov et la guerre psychologique
L'ancien commandant du 181e détachement spécial de reconnaissance et de sabotage de la flotte du Nord, deux fois héros de l'Union soviétique, Victor Leonov, raconte dans son livre "Face à face" comment lui et ses soldats ont dû se battre au corps à corps avec des soldats d'élite de la Wehrmacht, que les Russes appelaient "jäger".
Ces soldats allemands, physiquement forts et résistants, étaient bien préparés à combattre dans des conditions difficiles. Pourtant, les combattants soviétiques préféraient les combats courts au corps à corps aux échanges de tirs. "Le sourire et le gilet rayé sont devenus notre arme," écrit Leonov. "Les ennemis ne pouvaient pas résister à cette pression sur la psyché."
Cette dimension psychologique du combat au corps à corps est souvent sous-estimée. L'audace, la détermination et l'absence apparente de peur des soldats soviétiques démoralisaient profondément les troupes allemandes, habituées à une guerre plus mécanique et distanciée.
L'enfer de Stalingrad
Les techniques de combat au corps à corps furent activement utilisées à Stalingrad, l'une des 23 batailles majeures de l'histoire russe, où chaque maison, chaque étage devenait un champ de bataille. Un lieutenant de la 24e division allemande de Panzer témoigne : "Nous avons combattu pendant 15 jours pour une maison, en utilisant des mortiers, des grenades, des mitrailleuses et des baïonnettes."
"Du matin au soir, la lutte était continue. D'un étage à l'autre, les visages noircis par la suie, nous nous lancions des grenades dans le fracas des explosions, les nuages de poussière et de fumée, parmi des tas de ciment, des mares de sang, des morceaux de meubles et des parties de corps humains. Demandez à n'importe quel soldat ce que représente une demi-heure de combat au corps à corps dans une telle bataille."
Comme le montrent les statistiques, dans 80% des cas, pendant la Grande Guerre patriotique, les initiateurs des combats au corps à corps étaient des combattants russes. Et c'était leur force. Cette agressivité au contact, cette capacité à imposer le combat rapproché à un ennemi qui le redoutait, constituait un avantage stratégique majeur qui contribua décisivement à l'une des plus grandes défaites de l'histoire allemande.
"Celui qui n'a pas combattu les Russes au corps à corps n'a jamais vu la guerre." Cette phrase, attribuée à des soldats allemands ayant survécu au front de l'Est, résume parfaitement la terreur que le combat rapproché avec les Russes inspirait aux troupes de la Wehrmacht.
Questions fréquentes
Pourquoi les soldats russes excellaient-ils au combat au corps à corps ?
La tradition du combat à mains nues en Russie existait depuis des siècles, avec les combats de poings et les combats "mur à mur". Avant la guerre, l'Armée rouge avait réformé l'entraînement en intégrant tir, lancer de grenades et combat à la baïonnette en un seul cours.
Quelle arme improvisée utilisaient les soldats russes ?
Les soldats de l'Armée rouge, souvent anciens fermiers et bâtisseurs, étaient particulièrement doués pour utiliser leurs haches de charpentier. Un bon coup pouvait couper un membre ou ouvrir le crâne d'un adversaire.
Comment se déroulait un assaut au corps à corps russe ?
À 40-50 mètres, l'infanterie arrêtait de tirer pour atteindre les tranchées en un seul coup décisif. À 20-25 mètres, des grenades étaient lancées à la course. Puis les soldats frappaient à bout portant et utilisaient la baïonnette.
Quel rôle a joué le combat au corps à corps à Stalingrad ?
À Stalingrad, le combat au corps à corps était quotidien. Les soldats combattaient d'un étage à l'autre avec mortiers, grenades, mitrailleuses et baïonnettes. Les Russes initiaient 80% des combats au corps à corps.
Qui était Victor Leonov ?
Victor Leonov était le commandant du 181e détachement spécial de reconnaissance de la flotte du Nord, deux fois héros de l'Union soviétique. Il rapporte que le sourire et le gilet rayé étaient devenus des armes psychologiques contre l'ennemi.
Quelle était la réforme de l'entraînement au combat de l'Armée rouge ?
Après les leçons de la guerre de Finlande (1939-1940), l'Armée rouge a intégré le tir, le lancer de grenades et le combat à la baïonnette en un seul et même cours d'entraînement. Cette approche unifiée permettait aux soldats de passer fluidement du combat à distance à l'engagement rapproché.
Pourquoi les soldats soviétiques utilisaient-ils la hache comme arme ?
Les soldats de l'Armée rouge étaient souvent d'anciens fermiers et bâtisseurs, maîtrisant parfaitement le maniement de la hache de charpentier. Un bon coup de hache pouvait couper un membre ou ouvrir le crâne d'un adversaire, ce qui en faisait une arme improvisée d'une efficacité dévastatrice au corps à corps.