Siege de Leningrad 1941-1944, ville sovietique assiegee par la Wehrmacht allemande

Le siège de Leningrad : 872 jours qui ont brisé la Wehrmacht

Pendant 872 jours, du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944, la ville de Leningrad résista à l'un des sièges les plus brutaux de toute l'histoire militaire moderne. Affamé par le blocus nazi, glacé par un hiver -40 C, bombardé au quotidien, Leningrad perdit près d'un million de civils mais ne capitula jamais. La Route de la Vie sur le lac Ladoga gelé, la 7e symphonie de Chostakovitch composée sous les bombes, l'opération Iskra : récit d'un chapitre héroïque et terrifiant de la Grande Guerre patriotique.

Opération Barbarossa et l'avancée vers Leningrad

Le 22 juin 1941, Hitler lança l'opération Barbarossa, la plus grande invasion militaire de l'histoire, avec plus de 3,5 millions d'hommes répartis en trois groupes d'armées. Le Groupe d'armées Nord, commandé par le feld-maréchal Wilhelm Ritter von Leeb, reçut la mission de s'emparer de Leningrad, l'ancienne capitale impériale russe fondée par Pierre le Grand. Cet objectif avait une importance stratégique et considérable : la ville abritait les chantiers navals de la Baltique, 15% de l'industrie d'armement soviétique, et représentait le berceau de la Révolution d'octobre 1917. Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur la Guerre d'hiver qui avait ouvert cette voie du nord.

Dans les directives personnelles d'Hitler, Leningrad était promise à la destruction totale. Le Führer refusait même l'idée d'une prise classique de la ville : l'occupation d'une métropole de trois millions d'habitants aurait imposé à la Wehrmacht de nourrir sa population, ce qui était jugé inacceptable dans le cadre du plan Hungerplan visant à affamer les populations slaves. Les ordres prévoyaient d'encercler la ville, de l'isoler totalement et de la réduire par la famine et les bombardements jusqu'à sa disparition physique.

L'avancée allemande vers Leningrad fut foudroyante dans les premières semaines. Les 4e Panzergruppe de Hoepner et la 16e armée de Busch progressèrent jusqu'à 700 kilomètres en trois semaines, enfonçant les défenses soviétiques du district militaire baltique. Les villes de Riga, Pskov puis Novgorod tombèrent les unes après les autres. Fin août 1941, les Allemands étaient à moins de 30 kilomètres de Leningrad et coupaient progressivement les voies ferrées. Au nord, les Finlandais, alliés de l'Allemagne, reprenaient les territoires perdus lors de la guerre d'hiver de 1939-1940 et avançaient jusqu'à leur ancienne frontière.

L'encerclement et la fermeture du siège

Le 8 septembre 1941, les troupes allemandes prirent la ville de Chlisselbourg sur les rives du lac Ladoga, coupant la dernière liaison terrestre entre Leningrad et le reste de l'URSS. À cette date, officiellement, le siège commença. Dans les trois millions d'habitants piégés figuraient également 400 000 enfants, ainsi que des dizaines de milliers de réfugiés venus des républiques baltes et de la Carélie. La ville devenait un immense camp de concentration où la famine allait commencer son œuvre.

Le haut commandement soviétique nomma le général Gueorgui Joukov, futur maréchal vainqueur de Berlin, pour diriger la défense de Leningrad. Joukov arriva le 13 septembre avec la mission claire de Staline : "Leningrad ne tombera pas". Il réorganisa aussitôt les défenses, mit fin à la panique qui régnait dans la ville, et lança des contre-attaques locales pour empêcher l'effondrement du front. Son tempera pement de fer sauva la situation militaire : en un mois, il stabilisa la ligne et rendit impossible toute prise d'assaut allemande de la ville.

Mais le prix était élevé. Hitler, voyant qu'une prise militaire était impossible, ordonna formellement le 29 septembre 1941 le blocus complet : "Il convient de détruire la ville au moyen d'un blocus serré, avec tous les canons et les bombardements." Les Allemands lancèrent plus de 150 000 obus et 107 000 bombes incendiaires sur Leningrad pendant le siège. Les points stratégiques prioritaires étaient les entrepôts alimentaires, les usines d'armement, les hôpitaux et les réseaux d'eau. En septembre 1941, l'entrepôt Badayevski, qui stockait une bonne partie des réserves alimentaires de la ville, fut entièrement détruit, condamnant la population à la famine.

L'hiver de la famine 1941-1942

Le premier hiver du siège, celui de 1941-1942, fut le plus tragique. Les réserves alimentaires s'épuisèrent rapidement. Le 20 novembre 1941, la ration quotidienne de pain tomba à son minimum historique : 250 grammes pour les travailleurs et 125 grammes pour les personnes à charge, enfants et femmes au foyer. Ces 125 grammes de pain, composés à 75% de farine de seigle et à 25% de succédanés (cellulose, tourteaux, poussière de bois traitée), devinrent le symbole de la survie leningradienne. Une plaque commémorative portant ce chiffre reste aujourd'hui encore dans la ville.

À partir de décembre 1941, la mortalité atteignit des niveaux apocalyptiques. Entre 4 000 et 10 000 personnes mouraient chaque jour, principalement de dystrophie alimentaire et d'hypothermie dans des appartements privés de chauffage, d'électricité et d'eau courante. Le thermomètre descendit à -40 C certains jours. Les cadavres s'accumulaient dans les rues, transportés sur des traîneaux par les survivants trop faibles pour creuser des tombes dans le sol gelé. Des fosses communes, comme celle du cimetière mémorial Piskariovskoie, reçurent des dizaines de milliers de victimes.

Tous les animaux domestiques de la ville disparurent au cours du premier hiver : chiens, chats, oiseaux, rats, et même les animaux du zoo, à l'exception d'une hippopotame et de quelques lions sauvés grâce à l'engagement d'une gardienne. Le cannibalisme fut un phénomène documenté mais marginal : environ 2 000 personnes furent arrêtées pour cannibalisme pendant tout le siège, les deux tiers pour nécrophagie (manger des corps déjà morts) et un tiers pour meurtres cannibales. La police soviétique réprima sans pitié ce dernier cas, tandis que l'autre était jugée plus légèrement dans certaines circonstances.

Famine et hiver à Leningrad 1941-1942, survivants dans les rues enneigées assiégées
Leningrad assiégée, hiver 1941-1942 : survivants tirant un traîneau de bois pour chauffer les appartements

Le journal intime de Tanya Savicheva, une fillette de 11 ans qui nota la mort successive de tous ses proches, reste l'un des témoignages les plus bouleversants du siège. Les neuf pages de ce carnet, conservées aujourd'hui au musée d'histoire de Saint-Pétersbourg, furent présentées au tribunal de Nuremberg comme preuve des crimes de guerre allemands. Tanya elle-même survécut au siège grâce à l'évacuation mais mourut en 1944 des suites de ses privations. Son journal est devenu un symbole universel de l'enfance détruite par la guerre.

La Route de la Vie sur le lac Ladoga

La Route de la Vie (Doroga Jizni) fut le seul corridor logistique qui maintint Leningrad en vie pendant le siège. En été, des bateaux de la flotte fluviale Ladoga faisaient la navette entre le port de Novaya Ladoga, sur la rive sud-est contrôlée par les Soviétiques, et les quais ouest de la ville, malgré les attaques de l'aviation allemande. Les pertes étaient énormes : des dizaines de bateaux de ravitaillement furent coulés pendant l'été et l'automne 1941.

Mais c'est en hiver, lorsque le lac Ladoga gelait complètement, que la Route de la Vie prit toute sa dimension. Dès le 22 novembre 1941, les premiers convois de camions GAZ-AA (la Polkatora, version soviétique du Ford Model A) s'aventurèrent sur la glace, roulant portes ouvertes pour pouvoir sauter rapidement en cas de rupture. Les automobiles empruntaient deux routes parallèles, suivant le parcours le plus épais et éloigné des positions allemandes. Les conducteurs travaillaient par équipes de deux, se relayant au volant toutes les 30 minutes dans le froid glacial.

Les conditions sur la glace étaient extrêmes. L'épaisseur de la glace, mesurée toutes les heures par des équipes d'hydrologues, devait être au minimum de 18 centimètres pour supporter un camion chargé. Les bombardements allemands créaient sans cesse des brèches qui devaient être signalées et contournées. Les risques de rupture par fatigue du matériau mobilèrent des centaines de plongeurs sauveteurs qui repêchèrent les camions tombés. De décembre 1941 à mars 1942, la Route de la Vie transporta 361 000 tonnes de marchandises vers Leningrad et évacua 550 000 civils, principalement enfants, malades et personnes âgées.

La Route de la Vie sur le lac Ladoga gelé, convoi de camions soviétiques ravitaillant Leningrad
La Route de la Vie sur le lac Ladoga gelé : convoi de camions GAZ-AA ravitaillant Leningrad en hiver 1941-1942

La défense militaire de la ville

La défense militaire de Leningrad mobilisa en permanence environ 500 000 soldats du Front de Leningrad et du Front de la Volkhov, plus des unités navales de la flotte de la Baltique bloquée dans la rade de Kronstadt. Les défenseurs furent commandés successivement par Joukov, puis par Khozine, puis par Govorov à partir de juin 1942. La tactique consistait à maintenir une défense statique extrêmement dense, avec des tranchées continues, des casemates de béton armés et des champs de mines. Chaque fois que les Allemands tentaient une percée, ils se heurtaient à une résistance féroce soutenue par l'artillerie lourde de la flotte soviétique.

Les navires de guerre de la Baltique, notamment le cuirassé Octobre rouge, les croiseurs Maxim Gorki et Kirov, et les destroyers, fournirent un appui d'artillerie dévastateur contre les assauts allemands. Bloqués dans la rade de Kronstadt faute de pouvoir franchir les mines allemandes, ces bâtiments devinrent des forteresses flottantes. Leurs canons de 305 mm et 180 mm tirèrent jusqu'à 100 kilomètres pendant les phases critiques du siège. Les équipages, réduits à la portion congrue, furent en grande partie transférés dans l'infanterie terrestre.

Dans les grandes défaites allemandes sur le front de l'Est, les échecs successifs du Groupe d'armées Nord à prendre Leningrad constituent l'un des épisodes majeurs. Hitler limogea von Leeb en janvier 1942 pour son incapacité à capturer la ville. Ses successeurs Küchler et Model ne firent pas mieux. Le siège immobilisait en permanence plus de 30 divisions allemandes et finlandaises, qui auraient été cruciales sur d'autres fronts, notamment à Stalingrad.

La 7e symphonie de Chostakovitch

Dmitri Chostakovitch, déjà célèbre avant-guerre, se trouvait à Leningrad lorsque le siège commença. Âgé de 35 ans, il s'engagea comme volontaire dans la défense antiaérienne et pompier de la ville. Pendant ses quarts sur les toits des immeubles, guettant les bombes incendiaires allemandes, il commença à composer une symphonie qui exprimerait le drame et l'héroïsme de sa ville assiégée. Les trois premiers mouvements furent composés en septembre et octobre 1941, le dernier à Kouybychev (actuelle Samara) où Chostakovitch fut évacué en urgence en octobre 1941.

La 7e symphonie en do majeur, opus 60, fut créée mondialement le 5 mars 1942 à Kouybychev, puis jouée à Moscou le 29 mars. Mais c'est sa représentation à Leningrad assiégée, le 9 août 1942, qui est entrée dans la légende. L'orchestre philharmonique de Leningrad, sous la direction du chef Karl Eliasberg, était réduit à 15 survivants. Des musiciens furent rappelés du front, d'autres nourris spécialement pour pouvoir jouer. La partition, d'une longueur de plus d'une heure avec ses quatre mouvements, fut parachutée dans la ville.

Le concert eut lieu dans la grande salle de la philharmonie, illuminée exceptionnellement pour l'occasion malgré le couvre-feu. Il fut retransmis par haut-parleurs dans les rues de Leningrad et, surtout, face aux positions allemandes pour démontrer que la ville était toujours vivante. Le général soviétique Govorov avait ordonné une opération d'artillerie spéciale baptisée "Flurry" pour neutraliser pendant toute la durée du concert les batteries allemandes qui auraient pu bombarder la salle. Plusieurs officiers allemands témoignèrent plus tard que c'est à ce moment précis, en entendant Chostakovitch, qu'ils comprirent que Leningrad ne tomberait jamais.

La vie quotidienne sous le siège

Malgré la famine, le froid et les bombardements, la vie culturelle et intellectuelle de Leningrad ne s'arrêta jamais complètement. Les théâtres rouvrirent progressivement à partir du printemps 1942. La Bibliothèque publique de Leningrad, une des plus grandes du monde, resta accessible et continua à prêter des livres pendant tout le siège. Les usines d'armement tournaient jour et nuit, produisant des chars KV-1, des canons automoteurs, des lance-roquettes Katioucha et des munitions. L'usine Kirov, à proximité immédiate du front, fut partiellement évacuée mais continua à fonctionner sur place.

L'université d'État de Leningrad maintint ses cours et ses examens. Des étudiants donnaient cours dans des amphithéâtres non chauffés à moins 10 degrés, leurs cahiers glissant de leurs doigts gourds. Les diplômes délivrés pendant le siège furent ultérieurement considérés comme les plus prestigieux de l'histoire universitaire russe. La polyclinique universitaire continua à former des médecins, dont beaucoup étaient immédiatement affectés aux unités militaires après leur diplôme.

Les enfants eux-mêmes jouèrent un rôle important dans la survie de la ville. Les "poissons" (rybki), surnom donné aux jeunes éclaireurs de la défense civile, patrouillaient sur les toits pour repérer et éteindre les bombes incendiaires. Des milliers d'adolescents travaillèrent comme messagers, auxiliaires d'hôpitaux, ouvriers d'usine. Le journal Pravda Leningradskaïa, publié sans interruption pendant toute la durée du siège, devint un symbole de résistance culturelle. Son tirage limité par la pénurie de papier était distribué gratuitement dans les foyers.

L'opération Iskra et la percée de 1943

Le 12 janvier 1943, l'Armée rouge lança l'opération Iskra (l'Étincelle) pour briser le blocus. Deux fronts convergèrent : le Front de Leningrad sous Govorov attaquait depuis l'ouest, le Front de la Volkhov sous Meretskov attaquait depuis l'est, les deux visant le corridor allemand de Chlisselbourg qui séparait la ville du reste de l'URSS. Après six jours de combats acharnés, les deux armées soviétiques firent leur jonction près du village de Marino, le 18 janvier 1943. Un corridor terrestre de 8 à 11 kilomètres de large fut ouvert entre Leningrad et l'arrière.

L'événement fut accueilli par une vague de joie dans la ville. Pour la première fois depuis 500 jours, une ligne ferroviaire put être construite en urgence pour transporter massivement vivres et matériels vers Leningrad. En trois semaines, le 5 février 1943, le premier train venant de la Grande Terre, comme on appelait le reste de l'URSS, entra en gare de Finlande. La capacité quotidienne d'approvisionnement passa de quelques centaines de tonnes via la Route de la Vie à plusieurs milliers de tonnes via le train. La famine était définitivement enrayée, même si le siège n'était pas terminé.

Les rations furent progressivement relevées. En mars 1943, les travailleurs recevaient 600 grammes de pain par jour, les employés 500 grammes, les personnes à charge 400 grammes. La viande, les graisses et même les fruits secs réapparurent dans les distributions. La situation alimentaire, sans être normale, devint acceptable. Les évacuations massives reprirent, permettant à 120 000 personnes supplémentaires de quitter la ville en 1943. Le siège n'était pas encore fini, mais la survie était désormais assurée.

La libération complète en janvier 1944

L'offensive finale pour libérer totalement Leningrad fut lancée le 14 janvier 1944. L'opération stratégique Leningrad-Novgorod mobilisa trois fronts soviétiques (Leningrad, Volkhov et 2e Baltique) avec plus de 1,2 million d'hommes, 1 700 chars, 650 avions. Face à eux, le Groupe d'armées Nord allemand, affaibli par les transferts vers le sud, ne comptait plus que 740 000 hommes sur un front surextendu. La supériorité soviétique en hommes, matériel et artillerie permit de percer rapidement les défenses allemandes.

Le 27 janvier 1944 fut le jour de la libération officielle. À 20 heures, 324 canons soviétiques tirèrent 24 salves de salut pour honorer la ville héroïque. Ce fut le premier Grand Salut organisé en dehors de Moscou pendant toute la guerre, honneur exceptionnel accordé par Staline. Les rues de Leningrad furent remplies de citoyens qui pleuraient et s'embrassaient, écoutant à la radio Olga Berggolts, la poétesse qui avait écrit les chroniques du siège sur les ondes de Radio Leningrad pendant toute l'année 1942.

Le bilan du siège était apocalyptique. Les autorités officielles soviétiques établirent à 641 803 le nombre de civils morts pendant le blocus. Les historiens modernes, en prenant en compte les mortalités supplémentaires dues aux évacuations et aux séquelles de la famine, estiment le chiffre total entre 1 million et 1,5 million de morts civils. Cela représente environ un tiers de la population présente en septembre 1941. La ville elle-même avait perdu la moitié de ses bâtiments, 840 usines, des centaines de ponts, de monuments, d'églises. Les batailles majeures russes y inscrivent cette page parmi les plus sombres.

Mémoire et héritage aujourd'hui

Le souvenir du siège de Leningrad reste au cœur de l'identité de Saint-Pétersbourg (qui retrouva son nom original en 1991) et de l'identité russe moderne. Le cimetière mémorial Piskariovskoie, où furent enterrés 420 000 civils morts de faim, est l'un des lieux de mémoire les plus émouvants de Russie. L'obélisque commémoratif, la flamme éternelle et la statue de la Mère-Patrie qui surplombe le site rappellent en permanence le prix payé par la ville. Chaque année le 27 janvier, la Russie célèbre le Jour de la libération totale de Leningrad du blocus fasciste, devenu jour férié national.

Le musée historique de la défense et du blocus de Leningrad, rouvert en 1989 après une première version en 1946 détruite par Staline pour des raisons politiques, conserve plus de 20 000 objets du siège. Parmi eux, les 125 grammes de pain symbolique, le journal de Tanya Savicheva, des instruments du concert de Chostakovitch, des lettres de soldats et de civils. Une section entière est dédiée aux conducteurs de la Route de la Vie et aux pompiers enfants. L'ensemble constitue un témoignage muséographique unique au monde.

La littérature consacrée au siège est l'une des plus vastes de la Seconde Guerre mondiale. Le Livre du blocus d'Ales Adamovitch et Daniil Granine, publié en 1977 et basé sur 200 témoignages directs, reste une référence. Le Journal du siège d'Elena Skriabina, l'œuvre poétique d'Olga Berggolts, les mémoires du commandant Govorov témoignent tous d'une expérience qui dépasse la seule histoire militaire pour toucher à la condition humaine extrême. Pour approfondir la culture et le patrimoine de la Russie, le site heritagerusse.fr propose de nombreuses ressources sur l'histoire et la culture russe.

Dans la Russie de Poutine, la mémoire du siège est mobilisée comme élément central de l'identité patriotique. Les discours présidentiels y font constamment référence, et le président russe lui-même, natif de Leningrad, rappelle souvent que son propre frère Viktor mourut pendant le siège à l'âge de trois ans. Cette dimension personnelle donne au récit de Leningrad une charge émotive qui continue à nourrir la culture mémorielle russe contemporaine. Pour les Russes, Leningrad incarne la capacité nationale à résister aux pires épreuves et à triompher du mal par la solidarité et le sacrifice.

Questions fréquentes

Combien de temps a duré le siège de Leningrad ?

Le siège de Leningrad dura exactement 872 jours, du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944. C'est le siège le plus long de l'histoire militaire moderne. La ville resta encerclée par les forces allemandes du Groupe d'armées Nord et les Finlandais pendant deux ans et cinq mois. La levée définitive du blocus survint lors de l'opération Iskra et de l'offensive stratégique Leningrad-Novgorod qui repoussa la Wehrmacht à plus de 70 kilomètres à l'ouest de la ville.

Combien de morts a fait le siège de Leningrad ?

Le siège de Leningrad causa environ 1 million de morts civils, principalement par la famine et le froid lors du premier hiver 1941-1942, plus 300 000 morts militaires dans les combats de la défense de la ville. Au total, près de 1,3 million de personnes périrent pendant le siège. Les historiens considèrent que c'est l'épisode le plus meurtrier de la Seconde Guerre mondiale après l'Holocauste et la bataille de Stalingrad. La population de Leningrad chuta de 3,3 millions avant-guerre à moins de 600 000 habitants en 1944.

Qu'est-ce que la Route de la Vie ?

La Route de la Vie (Doroga Jizni) était la ligne de communication qui reliait Leningrad assiégée à l'arrière soviétique en traversant le lac Ladoga. En été, des bateaux transportaient vivres et munitions vers Leningrad et évacuaient les civils. En hiver, la glace du lac gelé supportait les convois de camions GAZ-AA, malgré les bombardements allemands. De décembre 1941 à mars 1942, près de 360 000 tonnes de ravitaillement arrivèrent par ce corridor vital.

Pourquoi Hitler voulait-il détruire Leningrad ?

Hitler voulait détruire totalement Leningrad pour plusieurs raisons idéologiques et stratégiques. La ville était le berceau de la Révolution bolchevique de 1917 et portait le nom de Lénine : son anéantissement avait une dimension symbolique fondamentale pour le régime nazi. Elle contrôlait le débouché maritime du nord de l'URSS et la flotte de la Baltique. Hitler refusa d'assiéger la ville par crainte de devoir nourrir sa population de 3 millions d'habitants : il préférait la rayer de la carte par la famine et les bombardements.

Qu'est-ce que la 7e symphonie de Chostakovitch ?

La 7e symphonie de Dmitri Chostakovitch, surnommée la symphonie Leningrad, fut composée par le compositeur pendant le siège en décembre 1941. Sa création mondiale eut lieu à Koujbychev en mars 1942, puis elle fut jouée à Leningrad assiégée le 9 août 1942 par l'orchestre philharmonique local. La partition fut parachutée dans la ville et retransmise par haut-parleurs vers les positions allemandes, choc psychologique décisif pour les deux camps.

Quelle fut la ration alimentaire pendant le siège ?

La ration alimentaire à Leningrad chuta dramatiquement pendant l'hiver 1941-1942. En novembre 1941, les travailleurs recevaient 250 grammes de pain noir quotidien, les autres citoyens 125 grammes. Le pain lui-même était fait de 75% de farine de seigle et 25% de substituts. Cette famine entraîna la mort de 4 000 à 10 000 personnes par jour en décembre 1941 et janvier 1942. Les animaux domestiques, les oiseaux, les rats furent dévorés. La situation commença à s'améliorer à partir de février 1942 avec la Route de la Vie.

Comment Leningrad a-t-elle été libérée ?

Leningrad fut partiellement débloquée le 18 janvier 1943 par l'opération Iskra, qui ouvrit un corridor terrestre de 8 à 11 kilomètres de large le long de la rive sud du lac Ladoga. La levée totale du siège survint le 27 janvier 1944 lors de l'offensive stratégique Leningrad-Novgorod qui repoussa le Groupe d'armées Nord à plus de 70 kilomètres de la ville. Le jour de la libération fut marqué par un salut d'artillerie de 324 canons, honneur exceptionnel accordé à la ville héroïque.