Cosaque legendaire symbolisant les liens historiques entre Russes et Ukrainiens

Histoire des guerres entre Russes et Ukrainiens : des frères de sang

Peu de choses peuvent se comparer en absurdité à un conflit militaire entre deux nations aussi proches et fraternelles que la Russie et l'Ukraine. Et pourtant, la clarification des relations entre ces deux peuples frères a commencé il y a bien longtemps, dès le XIVe siècle. Retour sur une histoire complexe de rivalités, d'alliances brisées et de liens indissolubles.

L'autre Russie : la séparation au XIVe siècle

C'est au XIVe siècle que Russes et Ukrainiens se sont retrouvés pour la première fois de part et d'autre de barricades géopolitiques. La fracture a commencé avec la montée en puissance du Grand-Duché de Lituanie. Après que le prince lituanien Olgerd a vaincu l'armée mongole-tatare lors de la bataille des Eaux Bleues en 1362, la majeure partie du territoire de l'Ukraine moderne a été rattachée à la Lituanie. Ce n'était que le début de l'expansion lituanienne.

À son apogée, au milieu du XVe siècle, le Grand-Duché de Lituanie était le plus grand État d'Europe, s'étendant de la mer Baltique à la mer Noire, et du Bug occidental à l'Oka. Cependant, la nation titulaire était une minorité ethnique dans cet État immense. Au plus fort de l'expansion territoriale, la part des Lituaniens de souche dans la population totale n'était que de 10 à 15 %. L'ethnie dominante était celle des Slaves orientaux, les ancêtres des futurs Ukrainiens et Biélorusses. Ils s'appelaient alors Russes ou Rusins, tandis que les sujets des souverains de Moscou étaient appelés Moscovites ou "Moskals".

En termes de langage politique moderne, le projet de création d'une "Russie alternative" a longtemps semblé être une réussite. Le Grand-Duché de Lituanie, dominé démographiquement par des populations slaves orientales orthodoxes, constituait un rival direct de la Moscovie pour l'héritage de la Rus' de Kiev. Cependant, le processus de rapprochement culturel a été stoppé par le successeur d'Olgerd, son fils Jagaila : baptisé à la naissance dans la foi orthodoxe, il s'est converti au catholicisme dès son arrivée au pouvoir. À partir de ce moment, les chemins culturels et historiques des Slaves orientaux et des Baltes ont clairement commencé à diverger, créant une faille qui ne fera que s'approfondir au fil des siècles.

Cosaque à cheval, représentant la tradition guerrière ukrainienne

Les guerres lituano-moscovites

Depuis la fin du XIVe siècle et jusqu'à la conclusion de l'Union de Lublin en 1569, Vilnius et Moscou se sont affrontés au moins huit fois dans des guerres ouvertes. Ces conflits, souvent méconnus en Occident, comptent parmi les batailles majeures de l'histoire russe et ont pourtant façonné de manière décisive la carte politique de l'Europe orientale.

Les guerres lituano-moscovites ont été marquées par une dynamique constante : la Lituanie, progressivement affaiblie par ses divisions internes et la pression polonaise, reculait face à la puissance croissante de Moscou. À la suite de ces campagnes successives, Moscou a annexé près d'un tiers des terres lituano-russes, grignotant méthodiquement les territoires habités par des populations slaves orientales orthodoxes.

La tendance générale est restée inchangée pendant plus d'un siècle : la Lituanie affaiblie reculait sous la pression de son rival géopolitique moscovite. C'est l'Union de Lublin de 1569 qui a tenté de renverser cette dynamique en fusionnant le Grand-Duché de Lituanie et le Royaume de Pologne dans une entité unique : la Rzeczpospolita (République des Deux Nations). Cette union a non seulement réussi à arrêter l'avancée moscovite, mais elle l'a même inversée temporairement, en transférant les territoires ukrainiens directement sous l'autorité polonaise.

Cependant, cette union a aussi renforcé la polonisation et la catholicisation des territoires ukrainiens, créant des tensions religieuses et culturelles profondes qui allaient exploser au XVIIe siècle avec la révolte des Cosaques.

Les Cosaques de Zaporojie : entre deux feux

Les Cosaques de Zaporojie occupent une place particulière et ambiguë dans l'histoire des relations russo-ukrainiennes. Comme l'a écrit l'historien Vassili Klioutchevski, "l'idée qu'il était orthodoxe était pour le cosaque un vague souvenir d'enfance ou une idée abstraite". Les Cosaques étaient avant tout des guerriers pragmatiques, navigant entre les puissances rivales selon leurs intérêts du moment.

Au sein de l'armée polono-lituanienne, les Cosaques de Zaporojie ont constitué une force de combat redoutable. L'hetman Sagaidatchny s'est illustré en menant ses propres campagnes vers Moscou, et malheur à ceux qui se mettaient sur son chemin. Lors de l'assaut de Moscou le 1er octobre 1618, l'armée polono-lituanienne, renforcée par les Cosaques, n'a cependant pas réussi à atteindre le Kremlin. Après des combats de rue infructueux, les interventionnistes ont accepté d'entamer des négociations de paix.

Les Cosaques de Zaporojie ont également pris une part active à la guerre russo-polonaise suivante, la guerre de Smolensk (1632-1634), combattant cette fois encore du côté polonais. Leur polyvalence militaire et leur connaissance du terrain en faisaient des alliés précieux pour quiconque savait les recruter. Mais cette fidélité variable allait bientôt prendre un tournant dramatique.

Étoile rouge symbolisant l'ère soviétique dans les relations russo-ukrainiennes

Trahisons et alliances : de Vygovsky à Mazepa

Paradoxalement, les Cosaques ont infligé des dommages militaires encore plus importants à Moscou après s'être rebellés contre les Polonais et s'être "réunis à la Russie pour toujours" lors du Conseil de Pereyaslav en 1654. L'union avec Moscou n'a pas mis fin aux rivalités, bien au contraire.

L'heure de gloire de l'hetman Ivan Vygovsky fut la bataille de Konotop en 1659, au cours de laquelle les Cosaques et leurs alliés tatars ont écrasé l'armée russe dans l'une des défaites les plus humiliantes de l'histoire moscovite. Cette victoire cosaque a plongé l'Hetmanat dans plusieurs décennies de guerre civile fratricide, une période connue sous le nom de la "Ruine", pendant laquelle l'Ukraine s'est retrouvée divisée entre factions pro-russes et pro-polonaises.

La trahison la plus célèbre reste celle de l'hetman Ivan Mazepa, qui a fini par passer du côté des Suédois au cours de la Grande Guerre du Nord. Mazepa espérait que l'alliance avec Charles XII de Suède permettrait à l'Ukraine d'échapper à l'emprise croissante de Moscou. Mais après la bataille décisive de Poltava en 1709, où l'armée suédoise a été écrasée par Pierre le Grand — l'une des plus grandes défaites de l'histoire allemande et européenne —, le roi de Suède et Mazepa ont dû fuir vers les possessions turques. La défaite de Poltava a scellé pour longtemps le sort de l'Ukraine, désormais fermement intégrée dans l'orbite russe.

L'ère de l'indépendance et les conflits modernes

La Première Guerre mondiale et la révolution

La prochaine fois que la Grande et la Petite Russie se sont rencontrées sur le champ de bataille, c'était en 1914, dans le cadre de la Première Guerre mondiale. Des Ukrainiens combattaient dans les deux camps : dans l'armée impériale russe à l'est et dans l'armée austro-hongroise à l'ouest. Ce conflit a déchiré des familles et des communautés, préfigurant les tragiques divisions du XXe siècle.

La première guerre soviéto-ukrainienne a commencé avant même la proclamation officielle de l'indépendance. La Quatrième Universelle a déclaré la République populaire d'Ukraine "un État indépendant, libre et souverain" dans la nuit du 22 janvier 1918. Mais cette indépendance naissante a immédiatement été contestée par les bolcheviks, entraînant une guerre sanglante qui s'est mêlée à la guerre civile russe, aux interventions étrangères et aux luttes internes ukrainiennes.

L'ère soviétique et ses conséquences

L'intégration de l'Ukraine dans l'Union soviétique n'a pas mis fin aux tensions, même si celles-ci ont pris des formes différentes. Les politiques de collectivisation forcée, la famine artificielle de 1932-1933 (Holodomor) et les répressions staliniennes ont profondément marqué la relation entre les deux peuples. Dans les régions occidentales de l'Ukraine, annexées après le pacte Molotov-Ribbentrop, le mouvement insurrectionnel a pris une ampleur considérable. Selon les statistiques, de 1944 à 1952, jusqu'à 500 000 personnes ont été soumises à différents types de répression dans les régions occidentales de l'Ukraine.

Un conflit séculaire, un lien indissoluble

L'histoire des conflits russo-ukrainiens est marquée par un paradoxe fondamental : c'est précisément parce que ces deux peuples sont si proches que leurs disputes sont si douloureuses. Partageant une langue, une religion, une culture et des siècles d'histoire de la Russie, Russes et Ukrainiens ont pourtant été constamment séparés par les forces géopolitiques qui les dépassaient : l'expansion lituanienne, la domination polonaise, les ambitions impériales moscovites, les idéologies du XXe siècle.

Comme l'a dit la poétesse ukrainienne Anastasia Dmytrouk : "Nous ne serons jamais frères." Mais l'histoire malheureuse des conflits russo-ukrainiens permet de tirer au moins une conclusion : chaque crise, aussi grave soit-elle, a fini par s'apaiser. Pour mieux comprendre les enjeux contemporains de cette relation, ce dossier sur les liens franco-ukrainiens apporte un éclairage complémentaire. Les liens entre ces deux peuples, tissés sur plus d'un millénaire d'histoire partagée, ont survécu à toutes les épreuves. Il y a eu d'autres moments difficiles, et cela a fini par passer.

Questions fréquentes

Quand les Russes et les Ukrainiens se sont-ils retrouvés pour la première fois dans des camps opposés ?

C'est au XIVe siècle que les peuples slaves orientaux se sont retrouvés pour la première fois dans des camps opposés, lorsque le prince lituanien Olgerd a conquis la majeure partie du territoire de l'Ukraine actuelle après la bataille des Eaux Bleues en 1362, rattachant ces populations au Grand-Duché de Lituanie tandis que Moscou restait indépendante.

Quel rôle les Cosaques de Zaporojie ont-ils joué dans les conflits russo-ukrainiens ?

Les Cosaques de Zaporojie ont joué un rôle complexe et ambigu, combattant tantôt aux côtés de la Pologne-Lituanie contre Moscou (sous Sagaidatchny), tantôt se ralliant à la Russie (Conseil de Pereyaslav, 1654), tantôt trahissant Moscou (Mazepa avec les Suédois). Leur pragmatisme politique reflète la position géographique et culturelle de l'Ukraine, prise entre plusieurs empires.

Qu'est-ce que l'Union de Lublin et quel impact a-t-elle eu ?

L'Union de Lublin de 1569 a fusionné le Grand-Duché de Lituanie et le Royaume de Pologne en la Rzeczpospolita. Cette union a transféré les territoires ukrainiens sous autorité polonaise directe, renforcé la polonisation et la catholicisation, et créé des tensions religieuses profondes qui ont mené à la révolte des Cosaques au XVIIe siècle.

Comment la Première Guerre mondiale a-t-elle affecté les relations russo-ukrainiennes ?

La Première Guerre mondiale a vu des Ukrainiens combattre dans les deux camps : dans l'armée impériale russe et dans l'armée austro-hongroise. Après la révolution de 1917, l'Ukraine a proclamé son indépendance en janvier 1918, déclenchant la première guerre soviéto-ukrainienne et une période de chaos qui a débouché sur l'intégration de l'Ukraine dans l'URSS.

Comment le Grand-Duché de Lituanie est-il devenu une "Russie alternative" ?

Au XVe siècle, le Grand-Duché de Lituanie était le plus grand État d'Europe, mais les Lituaniens de souche ne représentaient que 10 à 15 % de la population. Les Slaves orientaux (ancêtres des Ukrainiens et Biélorusses) étaient majoritaires et s'appelaient eux-mêmes Russes ou Rusins, créant une entité politique slave orientale rivale de la Moscovie pour l'héritage de la Rus' de Kiev.

Qu'est-ce que la bataille des Eaux Bleues de 1362 ?

La bataille des Eaux Bleues de 1362 est une victoire décisive du prince lituanien Olgerd contre l'armée mongole-tatare. Cette victoire a permis au Grand-Duché de Lituanie d'annexer la majeure partie du territoire de l'Ukraine actuelle, séparant pour la première fois les populations slaves orientales entre deux entités politiques distinctes : la Lituanie et la Moscovie.

Comment la défaite de Poltava a-t-elle changé le destin de l'Ukraine ?

La bataille de Poltava en 1709 a été un tournant décisif. L'hetman cosaque Mazepa avait trahi le tsar Pierre le Grand en s'alliant au roi de Suède Charles XII, espérant obtenir l'indépendance de l'Ukraine. La victoire écrasante de Pierre le Grand a anéanti ces espoirs : Mazepa a dû fuir en exil et l'Ukraine a été fermement intégrée dans l'orbite russe pour plus de deux siècles.